une île, des ailes à l'imaginaire
une bibliographie des récits insulaires, de l'enfer à l'éden

L'existence littéraire des îles remonte à la plus haute antiquité, à la naissance du texte héroïque. En tant que thème, elles apparaissent en même temps que la pensée abstraite, s’associant aux idées de destin, de devenir, de paradis : l’île des Bienheureux, Cythère, c’est la félicité éternelle mise à portée de ceux qui ont vécu dans la sainteté ou l’héroïsme. De là cette tradition de l’utopie qui lui est associée. Puis, à l’usage, l’utopie s’avèrera être un cauchemar, le négatif du nirvâna promis. C’est ce mouvement amorcé par les grands voyageurs des xviie et xviiie siècles dans leurs périples austraux : l’état de nature à la Rousseau est une illusion, les mœurs saintes et innocentes des bons sauvages ne résistent pas au regard contaminant que le civilisé leur porte. D’où, au contact de ces sociétés primitives, la naissance d’une pensée ré?exive et critique de l’Européen sur sa propre société. Ensuite, l’aspect carcéral, concentrationnaire de l’île deviendra un topos littéraire à partir du moment où les pouvoirs ex-ilent celles et ceux qui présentent des déviances susceptibles de contaminer la masse. C’est la face sombre du roman de Defoe et de ses nombreuses paraphrases. Entre ces deux pôles, les îles épousent toutes sortes de songeries allant de l’amour exclusif au rêve du retour à l’état édénique, en passant par toutes les représentations d’une nature idyllique — telle que nous la vendent les tour-opérateurs — ou encore d’une monastique saison du ressourcement où s’arrête le temps.


Notre catalogue se propose de recenser l’ensemble des textes, ?ctions et essais, ayant traité de ce sujet en gardant le cap sur ce mouvement de désenchantement progressif, qui, au ?nal, accompagne l’histoire de nos civilisations et la conception qu’elles ont du devenir du vivant et de leur propre destin.